Commentaires à partir du carnet


Son rédacteur

Jean Baptiste Louis Eugène CHAUSSON est né le 14 juillet 1855 à Coucy, petit village des Ardennes non loin de Rethel. Ses parents, François Jules CHAUSSON et Marie remiette CARTIER, appartiennent tous les deux à des familles nombreuses de Coucy et Ambly-Fleury, village voisin.
Eugène se marie à 26 ans, le 24 septembre 1881, à Auboncourt-Vauzelles, autre village du secteur, avec Lucie PUTAUT, elle aussi d'une famille nombreuse. Lucie a alors 23 ans.
Sur l'acte de mariage, la profession indiquée pour Eugène est celle de maçon. Sous l'impulsion de sa femme, il va alors suivre la classe à l'école du village où il apprend à lire et à écrire. Il poursuivra son instruction seul et deviendra commis principal des contributions indirectes. Ses postes successifs le conduiront à Seraucourt-le-Grand (Aisne), puis à Sery (Ardennes), Vigneulles-les-Hâttonchâtel (Meuse), Hermonville (Marne).
Pendant la guerre, il est à Reims, puis doit se réfugier à Chelles-Gournay (Seine-et-Marne) et à Vitré (Ille-et-Vilaine).
Il souffre de calculs biliaires et doit être opéré en mai 1919 à Châlons-sur-Marne où il décède à 64 ans le 25 octobre 1919. Sa femme Lucie lui survivra jusqu'en 1932.


Les destructions à Reims en 1914 et 1915

Dans l'ouvrage La Première Guerre Mondiale, tome 2, édité par Larousse, il est question des bombardements dont Reims eut à souffrir tout au long de la guerre. La cathédrale a été incendiée au cours d'une centaine de bombardements en 1914, 1915 et 1916. Les écoles sont organisées dans les caves de Champagne. Pendant toute la guerre, il y a eu 1051 jours de bombardements, au cours desquels 12000 maisons sur 14000 ont été touchées.
Dans son carnet, Eugène CHAUSSON note des bombardements et canonnades pratiquement tous les jours. Les cantons qui souffriront le plus sont les 2e, 3e et 4e cantons.
On relève plus particulièrement les dégâts suivants :
- magasins à fourrage : 12 septembre 1914
- sous-préfecture et rue de l'Université: 18 septembre 1914
- Mumm et Heidsieck : 28 septembre et 25 octobre 1914
- bureau de poste de la gare : 7 novembre 1914
- hôtel de la Couronne : 12 novembre 1914
- théâtre : 20 novembre 1914
- usine du Mont-Dieu : 1er décembre 1914
- distillerie de Merfy : 16 janvier 1915
- gare du C.B.R. (chemin de fer de la banlieue de Reims): 28 janvier 1915
- gare de Bezannes : 6 février 1915
- cathédrale : 19 septembre et 5 novembre 1914, 17 et 18 février 1915.
Tous les jours, bombes et obus atteignaient la ville, faisant dégâts et victimes.

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Le coût de la vie de 1915 à 1919

Le 25 février 1915, toute la famille quitte Reims et se réfugie à Chelles, puis à Vitré. Pendant la période qui suit, Eugène note sur son carnet recettes et dépenses.
25 février 1915 : ils séjournent au grand Hôtel de la gare de l'Est, 170 Faubourg Saint Martin, à Paris. Pour une chambre à 2 lits et une chambre à 1 lit, ils paient 10 francs.
Chelles : 17 mai 1915 : ils touchent 5 francs par personne et par mois pour indemnité de loyer. Comme ils sont 6, cela fait 30 francs.
9 juin 1915 : ils louent une maison pour 30 francs par mois.
Novembre 1917 : ils en louent une autre à 45 francs par mois.
A partir de 1917, les allocations d'enfants sont portées à 0,75 francs.
Le salaire d'un journalier au cours des moissons de 1917 s'élève à 7 francs par jour.
Vitré : ils louent une maison à 40 francs par mois. A compter du 23 mars 1918, il touche l'indemnité des réfugiés qui s'élève à 1,50 franc par jour.
Retour à Châlons-sur-Marne : en janvier 1919, ils louent une maison à 70 francs par mois. En mai 1919, ils trouvent un logement à 34 francs par mois.

Note - D'après le site de l'I.N.S.E.E., voici un point de comparaison avec les euros de 2010 :
1 franc 1914 = 3,17530 euros 2010
1 franc 1919 = 1,25341 euros 2010.

Dépenses occasionnées par leurs divers déplacements

Date Motif de la dépense Montant (F)
22-02-1915 Laissez-passer 5,00
25-02-1915 voiture pour la gare de Bezannes 8,00
restaurant à Dormans 3,00
coucher à Paris 10,00
souper à Paris 5,00
26-02-1915 déjeuner à Paris 4,00
Eugène et Pauline à Chelles : 1 aller + 1 aller-retour 3,00
Juliette et Madeleine : 2 billets pour Chelles 2,00
Irène : demi-billet pour Chelles 0,50
Lucie : 1 billet pour Chelles 1,00
Pauline et Renée : 1 billet + 1 demi-billet pour Chelles 1,50
mobilier Pauline : vers gare de Reims + wagon + déchargement 159,65
mobilier Eugène : vers gare de Reims 100,00
mobilier Eugène : wagon 56,15
mobilier Eugène : déchargement 15,00
19-03-1918 départ pour Vitré : wagon 145,20
départ pour Vitré : assurance 8,00
Pauline : 1 billet + 2 demi-billets pour Paris 2,00
Eugène, Lucie, Juliette et Madeleine : 4 billets pour Paris 3,80
Irène : demi-billet pour Paris 0,50
Pauline : 1 billet + 2 demi-billets pour Vitré 33,25
Eugène, Lucie, Juliette et Madeleine : 4 billets pour Vitré 66,60
Irène : demi-billet pour Vitré 8,30
cocher de l'Est à Montparnasse 5,50
chef d'équipe gare de Chelles 2,00
descente d'armoire 82,00
20-03-1918 8 jours à la propriétaire de Marie 12,00
28-03-1918 déchargement de wagon 60,00
18-12-1918 Eugène et Lucie : 2 billets pour Châlons 70,40
Madeleine et Irène : 1 billet + 1 demi-billet pour Châlons (Juliette est décédée à Vitré) 52,80
Pauline : 1 billet pour Châlons 35,20
Renée et André : 2 demi-billets pour Châlons 35,20
camion gare de Vitré + pourboire 33,00
camion gare de Châlons + pourboire 45,00
TOTAL 1 074,55

En 1919, il tombe gravement malade et doit être opéré. Cela nous permet d'avoir un aperçu des dépenses de santé.

  Motif de la dépense Montant (F)
Dépenses pour opération 8 visites de docteur à 5 francs 40,00
médicaments 18,00
consultation spécialiste 15,00
radiographie vésicule 80,00
voiture de place aller-retour 5,00
aides pour endormir 100,00
chambre : 15 jours à 20 francs 300,00
opération vésicule biliaire 1 000,00
droits de salle d'opération, médicaments, garde de nuit 245,00
appareil à récolter la bile 100,00
voiture de place 3,00
TOTAL 1 906,00

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La vie et les déplacements

Pendant la période où ils sont restés à Reims, jusqu'en février 1915, la ville a été bombardée à peu près tous les jours. Pour pouvoir plus facilement se réfugier dans les caves, ils prennent l'habitude de dormir tout habillés.
Certains quartiers ont plus à souffrir que d'autres : Neufchâtel, Centre Ville. Les gens se réfugient dans les autres quartiers, surtout à la haubette qui est beaucoup plus calme, au début tout au moins, avant l'arrivée de l'Etat-Major.
Les chiens doivent disparaître. Si des patrouilles entendent des chiens aboyer, elles les abattront : tel est l'ordre qui est donné le 13 novembre 1914.
Les déplacements en ville sont hasardeux. Mais la vie continue : il faut se nourrir, acheter le nécessaire, lire le journal pour se tenir au courant des événements.
Lorsqu'ils veulent quitter Reims, ils doivent demander des laissez-passer qui leur permettront de voyager gratuitement jusqu'à Paris. Et c'est toujours sous les bombardements qu'ils prendront le C.B.R. qui les conduira jusqu'à Dormans où ils prendront le train pour Paris.
Il est presque surprenant de voir que ce ne sont pas des déplacements de personnes, mais de vrais déménagements. Le mobilier les suit par wagons spéciaux de Reims à Chelles, de Chelles à Vitré, puis de Vitré à Châlons-sur-Marne, où ils reviendront au début de 1919.

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